Marie BIENAIME & Sandrine LAROCHE – Le chemin effacé

du 4 décembre 2018 au 11 janvier 2019

Vernissage en présence des artistes mardi 4 décembre à 18h30 

Le chemin n’est ni le départ ni l’arrivée, il est l’entre-deux. Dans le temps ou l’espace il peut se suivre ou se quitter, on peut s’y arrêter, en voir la fin ou non. Il se parcourt, s’arpente, se choisit et se dévoile petit à petit, il se fait, se montre, se poursuit, se trouve ou se cherche. Il peut être modifié, parsemé d’obstacles, ou au contraire réserver de jolies surprises, nous étonner ou nous émerveiller…

… Les petites choses du quotidien, la valse du vent dans un champ, un arbre majestueusement chauve, la lumière entrant par la fenêtre, l’innocence de l’enfance, la beauté de la ville. C’est ce que vous propose “Le chemin effacé”, une déambulation mélancolique, un état d’esprit quelque peu introspectif, une flânerie contemplative et sensuelle. La technique cyanotypique utilisée ici ajoute encore un peu de nostalgie et d’atemporalité à cette série à quatre mains (et quatre yeux).Le monde enchanté, © Marie Bienaimé et Sandrine Laroche

Rhapsodies en Bleu

Quand le bleu envahit les ombres, la photographie n’est plus seulement une image, elle devient une surface d’imprégnation assez semblable à ces papiers bruts qui boivent plus d’encre que n’en réclame l’écriture. Les photographes qui pratiquent la cyanotypie le savent bien et font souvent déborder leurs épreuves au-delà des
limites carrées ou rectangulaires de leurs négatifs. Recourir à ce procédé, plutôt rare dans l’histoire, permet de libérer la photographie du rapport strict à la réalité qui est prétendument l’apanage du noir et blanc et de la couleur.

Sous un titre énigmatique, Le Chemin effacé, Sandrine Laroche et Marie Bienaimé exposent ensemble des extraits de leur univers photographique révisé par le cyanotype. L’atmosphère de nostalgie qui règne dans leurs images, avivée par l’impression bleue, justifierait à elle seule le rapprochement de leur regard. Mais au delà de cette tonalité chromatique, on perçoit bien vite chez l’une et l’autre photographe une intention narrative comparable qui est de parcourir le chemin qui conduit au pays de l’enfance. Tel est le chemin effacé, peu praticable mentalement – même dans le silence où se complaît l’introspection – qui trouve avec la photographie un espace manifeste.

Les oeuvres exposées nous montrent l’abord de ce parcours insolite selon les choix
photographiques propres à chaque auteure. Dans ces parcours, on découvre en premier lieu les bribes d’un monde ancien où plus personne n’habite comme la maison des grands-parents au mobilier vétuste
et au design oublié : un ciel de lampe dont l’étoffe florale est encerclée de franges, des têtes de lit capitonnées aux formes baroques ou tapissées de velours, une échelle de bois brut descendant au cellier, les craquelures d’un portrait d’ancêtre rapiécées dans une mandorle. Ces intérieurs aux murs tendus de courtines ou de tapisseries délavées sont les préambules illustrés d’histoires qui se passent à l’extérieur et qui nous invitent à voir ce qu’il était une fois….

La méthode des photographes change dès lors que se mettent en place les épisodes choisis de la vie enfantine. Marie Bienaimé procède par flashs de souvenirs. Elle saisit les enfants en situation : l’arrêt de l’image sur une petite fille sautant par-dessus les meubles d’une maison de poupée ou un grand écart en plein vol, dans une salle aux murs surdimensionnés, donne une tournure onirique à l’insouciance enfantine.
La place de l’enfant dans le monde qui l’entoure prend des proportions qui l’instaure comme maître d’un monde qu’il découvre : un plan rapproché sur la face ronde avec des yeux tout ronds du nourrisson attentif sur son lit de change, le plan plus large du gamin qui joue au bord de mer à tapoter l’eau pour contempler les cercles concentriques dont il est le centre.

Sandrine Laroche se tient à hauteur de vue des enfants, le plus souvent au sortir de l’ombre pour révéler un monde fantastique, disproportionné lui aussi ; vues en contreplongée, les tiges d’ombellifères sont à la fois graciles et magiques ; en contrejour, un arbre dangereusement penché symbolise à lui seul toute la parenté en menace d’écroulement ; à travers des fenêtres fermées une bicyclette et une trottinette
suspendues apparaissent comme des objets identifiés au monde de Peter Pan. Tout ce qui fait naturellement peur aux adultes, la nuit, les futaies obscures et touffues, les odieux présages qu’inspire la vue de la hulotte ou d’un grand-duc, participe d’une chaleureuse intimité enfouie comme des secrets de jeune fille au plus profond des songes.

Ces heureuses différences entre les deux photographes ne modifient rien à leur principe de cheminement photographique qui reste le même dans les deux cas : une discontinuité de détails, de paysages et de portraits qui composent une rhapsodie dont la trempe du bleu cyan assure une connexion mélodieuse. Sandrine Laroche et Marie Bienaimé réussissent à créer ensemble une archéologie de points de vue fascinés qui
défilent sous nos yeux comme une rêverie surgie des souvenirs.

Robert PUJADE

Marie Bienaimé https://www.mariebienaime.fr
Sandrine Larochehttp://sandrinelaroche.art.free.fr

Julien MINARD – Vanités

du 4 décembre 2018 au 11 janvier 2019

Ecole Nationale Supérieure des Sciences de l’Information et des Bibliothèques – enssib
17-21 bd du 11 novembre 1918 – 69100 Villeurbanne

Vernissage en présence de l’artiste mardi 4 décembre à 18h00

La série des Vanités est une errance photographique prenant pour sujet les animaux empaillés qu’un Maharajah indien collectionna jadis dans son palais aujourd’hui déserté, dans la petite ville de Bhuj.
Ce palais, le Prag Mahal, en partie détruit par un tremblement de terre en 2001, est constellé
de ces trophées de chasse que les années, l’humidité, les vents et les pigeons ont
transformés en étonnants fossiles.
Tout respire la fin d’un règne, d’une époque et de ses habitudes.
Ce qui un jour témoigna de la gloire et de l’opulence d’un souverain est désormais laissé en l’état, formant un petit musée privé, en proie à la lente et inévitable destruction. Les images proposent une méditation sur le temps qui passe, à la manière des vanités de la peinture européenne du XVIIe siècle. Ces tableaux de genre, extensions imagées de la pensée chrétienne dans l’art, rappelaient aux vivants la vanité de ce que l’on accumule au cours d’une vie : richesses, savoirs, honneurs et qui ne seront d’aucune aide spirituelle une fois accompli le grand passage – la mort.
Par des jeux de cadrages, de lumières, de profondeur de champ, la photographie révèle les signes de la déliquescence : écorchures, moisissures et délabrement des chairs que la taxidermie n’aura réussi à ralentir qu’un court moment. Ces images n’entretiennent pas un rapport documentaire à leur sujet mais évoquent plutôt un univers fantasmagorique
peuplé de créatures étranges, caractérisées par un paradoxe : si la taxidermie vise à donner l’illusion de la vie malgré la mort (redonner à l’animal son animation),
ce faux-semblant s’estompe au profit des marques du temps.

Julien Minard

Vanités de Julien MINARD

Prag Mahal… Malgré la magie des mots, c’est dans un palais délabré que nous fait pénétrer Julien MINARD.  À en suivre les couloirs, nous pourrions nous croire en Italie. Mais c’est de l’Inde dont il s’agit ; nous sommes à à Bhuj, petite ville du Gujarat, dans le nord-ouest du pays.
Jadis, il y a longtemps peut-être – au XIX° siècle en réalité – un maharajah y rassembla une collection d’animaux empaillés et de trophées. Comme aurait pu le faire, en Europe, un quelconque gentleman ou un riche propriétaire. Influence britannique, universalité du désir d’exposer les trophées de chasse et d’exhiber ainsi la fortune et la toute puissance du chasseur ?
Peu importe. Ce qui nous retient en ce palais, en ces clichés du moins, c’est le même sentiment, la même émotion que celle que l’on ressent devant ces tableaux de nature morte, qui nous présentent des scènes de chasse ou de cuisine, où l’essentiel n’est pas la fortune du chasseur ou le talent du cuisinier mais la réflexion sur la mort, à laquelle nous invite le peintre. Il y a comme une parenté entre ce singe accroupi que nous montre Julien MINARD et telle perdrix prise dans un collet ou tel lièvre suspendu au mur de la cuisine peints par CHARDIN. Ou cette lionne toute puissante encore de sa gueule entrouverte et éclairée par deux fenêtres en ogive dont les reflets sur la vitre de sa cage sont comme deux bougies déposées au côté de la morte.
Les uns et les autres ne sont rien d’autre que des vanités, comme on en trouve dans les villas pompéiennes, au revers des retables des églises médiévales et dans toute la peinture européenne depuis le XVI° siècle.  Toutes nous rappellent que la vie ne dure pas et que, face à l’instant de la mort, vaines sont les richesses matérielles accumulées. Et toutes nous invitent à nous en détacher de notre vivant ou à savoir en profiter (carpe diem nous disent celles des villas romaines).
Comme toute vanité, ces animaux et ces trophées sont là, en ce palais délabré, exposés en cet instant où le cours du temps semble à jamais suspendu, en cet instant où le talent du taxidermiste ou du peintre a su les saisir, pour qu’à jamais peut-être ils semblent encore vivants, malgré la mort. Et Julien MINARD sait en jouer, quand il confronte une tête d’hippopotame, caressée par ce qui doit être une tenture roulée dont on se demande bien comment elle peut ne pas retomber, et le gardien du palais à la pose hiératique et figée dans la même immobilité que celle de l’animal.
Mais tout aussi vaine aura été la prétention du taxidermiste à l’immortalité de son œuvre. Les peaux se délitent, la poussière est partout, certains des animaux semblent disparaître derrière le rideau des toiles d’araignée… Les marques du temps viennent redoubler l’effet de vanité et déréaliser, plus encore s’il est possible, cette improbable collection. Et nous sommes alors gagnés par l’inquiétante étrangeté de ce spectacle hors du temps et de toute inscription dans un lieu, mais qui nous semble malgré tout familier.
La même étrangeté que l’on ressent au sein d’un cabinet de curiosité, réunissant, de la façon la plus hétéroclite et la plus improbable qui soit, minéraux, coquillages, animaux empaillés, objets d’art et objets manufacturés… Le cabinet de curiosité rassemble tous ces objets, sans lieu et hors du temps, pour les classer dans des armoires, des tiroirs, selon des catégories totalisantes, les nommer aussi et donc les ranger dans des catalogues et des lexiques.  Désir de totalité, l’esprit de curiosité est volonté de réunir macrocosme et microcosme, de reconstruire par la collection, jamais achevée, l’unité du monde et ainsi de le recréer là sous la main, mais surtout sous le regard du collectionneur. Ce désir de recréation, c’est aussi la recherche de la merveille (mirabilia), c’est à dire de l’association des naturalia et artificialia, de la recherche de cette nature artificielle, que permet de générer la continuité entre le génie créateur de la nature et celui de l’artiste, jusqu’au mirobolant (c’est à dire au trop beau pour être vrai).
Il y a, me semble-t-il, de cela dans le Praj Mahal. Il y a, j’en suis sûr, de cela dans le splendide travail que nous propose Julien MINARD.

Lyon, le 24 février 2012
Régis BERNARD

Données techniques :
Tirages couleurs 100x100cm contrecollés sur dibond,
Tirages Noir et Blanc réalisés par l’auteur en utilisant le procédé du ziatype
(fin des années 1880 ; mis au point par Pizzighelli.
Source : Christopher James, The book of alternative photographic process)
à partir de négatifs imprimés.
Tonalités variables entre chaude et très chaude.
Format 20x20cm, 26x26cm et 31x31cmsur papier Arches Platine.
Prises de vues : été 2009, Bhuj, Inde

 

Julien Minard : http://julienminard.com/

Marie Bienaimé

” J’ai reçu mes premiers appareils photographiques jetables pour mes 8 ans. J’étais ainsi encouragée à photographier mes vacances et les évènements familiaux. J’ai eu une pratique photographique régulière mais assez dilettante jusqu’en 2003, année du décès de  mon père. Sa disparition fut un moment difficile. Lorsque mon frère retrouva dans les affaires de notre défunt un vieux reflex Canon acquis dans les années 60 au Japon, il me le donna, et une fois réparé, je me mis en quête de “réussir” mes photographies, en hommage à ce papa disparu trop vite. Ainsi, intuitivement, j’ai découvert la photographie et son sens plus profond. La photographie n’était plus juste une image, mais une sauvegarde du présent, l’alliance de plusieurs facteurs techniques et discursifs, m’amenant vers une recherche narrative.

De fil en aiguille l’acte photographique a occupé une place de plus en plus grande dans ma vie. En 2009 je me suis lancée entièrement, et ai décidé de lui consacrer mon quotidien. Depuis lors, je partage mon temps et mon énergie entre travaux de commande et recherches personnelles (et mes enfants). Ma sensibilité m’emmène vers des interrogations sur notre condition humaine, éphémère, la préservation du présent, les traces que nous laissons. Dans mon travail la prise de vue a la place prépondérante, je ne suis pas adepte des retouches, recadrages, ou prises de vues en rafales. Je me positionne toujours assez proche de mon sujet. Je cherche à rendre compte et raconter en toute simplicité.

J’ai découvert la technique du tirage cyanotypique avec Noël Podevigne fin 2016, et le fait de retourner au labo et pouvoir produire des tirages assez rapidement (le temps manque à mon quotidien), chercher à faire s’exprimer la papier, la matière, marque un virage dans mon cheminement. Le travail de labo est un grand bonheur, et je m’y consacre autant que possible.”

EXPOSITIONS

2018

  • « Le chemin effacé» galerie Domus, Lyon
  • « Durare Ubique In Perpetuum » Nemours, festival Phemina.
  • « Publication Intime » galerie Le Ruban Vert, Aix, Festival Phot’Aix
  • « La mélodie des Choses » galerie La Table d’Art, Lyon

2017     

  • « Durare Ubique in Perpetuum » aux Rencontres de la Photographie de Chabeuil
  • « Dénuement » galerie La Table d’Art, Lyon

2016     

  • « Ailleurs », galerie l’Abat-jour, Lyon

2015     

  • « Durare ubique in perpetuum », travail sur l’espoir et la maternité dans un monde en              ruines, Château de Verchaüs
  • « De l’Alpha à l’Omega », réflexion sur le début et la fin, La Galerue.

2014     

  • « Le ciel est, par-dessus le toit… », recherche à la Prison Saint Paul, Galerie Domus, Villeurbanne
  • « La balade de MrJ », reportage sur la force fragile d’un clown, Grand Temple de Lyon

2013     

  • « Traces », pour la Ville de Lyon et le bicentenaire du cimetière de Loyasse.

2012     

  • « Priluzje 07 », reportage dans une enclave Serbe du Kosovo
  • « La balade de MrJ », travail sur la force fragile, galerie l’Oeil écoute

 

et avant : « Tra là la », exposition collective sur les aléas de la vie, « Avant la pluie », portraits Burkina Faso argentique n&b, « Portraits de Peu », « La Minute », « Le bloc Opératoire »

 

PUBLICATIONS

  • « Marie Bienaimé, Sandrine Laroche », photographies de Marie Bienaimé et Sandrine Laroche, texte de Robert Pujade, catalogue de l’exposition « Le chemin effacé », collection 16 ½, Université Claude Bernard Lyon 1 (parution en décembre 2018)
  • « Marie Bienaimé », photographies de Marie Bienaimé, texte de Robert Pujade, catalogue de l’exposition « Le ciel est, par-dessus le toit… », collection 16 ½, Université Claude Bernard Lyon 1, 2014
  • « La balade de Mrj. » Editions Peuple Libre, 2014
  • « La fin du monde (ou pas) », autoédition en collaboration avec Jean Christophe Pagès, 2012

Sandrine LAROCHE

“Issue de parents musiciens, je pratique le piano depuis mes huit ans. J’ai eu mon premier appareil photo à dix ans, et ai tout de suite commencé à capter en images le monde qui m’entourait. Lorsque j’interprète une pièce ou compose, je ressens la même chose que lorsque je travaille sur un projet de photos : une sorte d’exaltation. Sous maintes formes, l’acte créatif s’impose à moi comme une évidence.
Je me suis longtemps passionnée pour les lieux abandonnés, vides, façonnés par le temps et l’oubli.
Cela m’a conduit (entre autres) au sanatorium “Beelitz-Heilstätten” en Allemagne, lieu incroyable, témoin de l’histoire, où fût soigné Hitler en 1916.
Mon approche de la photographie a évolué depuis quelques années et s’est d’abord présenté comme une réponse à certains événements clés de mon passé puis une façon de faire face à mes angoisses et questionnements du quotidien.
J’ai entamé il y a environ dix ans un vaste travail en noir et blanc, intime, forme d’autobiographie, qui m’a porté. Mon corps y est à la fois objet et sujet.
Mes photographies sont une tentative de montrer l’innommable, l’impossible, l’inexorable, l’inacceptable.

Parallèlement à la série Mirage, représentation dansée de moi-même (exposée à la Galerie Domus, et dont une photo a été publiée dans le livre de Robert Pujade, Fantastique et photographie, essai sur les limites de la représentation photographique), j’ai commencé le travail d’Anamorphose, qui m’a permis d’explorer l’autre dans sa dimension humaine, fragile.

Puis s’en est suivi un travail sur le conte et sa dimension psychologique, visions fugitives.

J’ai maintenant aussi envie d’explorer la vidéo, sous une forme plus expérimentale, qui entre en connexion avec un moi beaucoup plus intérieur et qui pose la question des limites de la représentation humaine au sein de l’œuvre d’art.

Aujourd’hui, je suis pianiste professionnelle et photographe autodidacte. Ces pratiques artistiques s’inscrivent dans un même processus de cheminement personnel.”

EXPOSITIONS

2018

  • À nous de voir, festival, 9 au 16 Novembre, MJC Oullins, France-
  • Beelitz-Heilstätten, 3 au 20 mars, Mairie du 2ème arrondissement de Lyon
  • Décrochage Visions fugitives, 25 janvier, Galerie Elizabeth Couturier, Lyon, France

2017

  • Visions fugitives, 1er au 30 décembre, Galerie Elizabeth Couturier, Lyon, France
  • Les inmontrables, 26 octobre au 18 novembre, Galerie le Lab, Marseille

2016

  • Summer Exhibition, Juillet -Août, Galerie Elizabeth Couturier, Lyon, France
  • Mirage, 7 juin au 28 Juillet, Galerie Domus, Villeurbanne, France
  • Visions fugitives, Février-Avril, site internet  le Bleu du ciel, rubrique jeune photographie

2015

  • Dolls, Visions fugitives, 27 au 30 novembre, vernissage jeudi 26 Novembre. Exposition dans le cadre de la foire européenne d’art contemporain ST-ART, stand de la Galerie Elizabeth Couturier aux côtés des photographes Antanas SUTKUS et Hélènes KATZ, Parc des expositions, Wacken, Strasbourg, France, http://www.st-art.fr
  • Dolls, 19 mars au 20 avril, vernissage jeudi 19 mars, Galerie Elizabeth Couturier, Lyon, France
    http://www.galerie-elizabethcouturier.com

2013

  • Beelitz-Heilstätten, octobre 2013, 7ici, Lyon

2012

  • Silences, 2 juillet au 27 août, exposition collective avec des peintres et sculpteurs, Galerie Exposition La forge, 49570 Montjean-sur-Loire

 

PUBLICATIONS

  • « Marie Bienaimé, Sandrine Laroche », photographies de Marie Bienaimé et Sandrine Laroche, texte de Robert Pujade, catalogue de l’exposition « Le chemin effacé », collection 16 ½, Université Claude Bernard Lyon 1 (parution en décembre 2018)
  • « Sandrine Laroche », photographies de Sandrine Laroche, texte de Robert Pujade, catalogue de l’exposition « Mirage », collection 16 ½, Université Claude Bernard Lyon 1, 2016
  • Envoûtement, série Mirages et Sculpture, série De profundis
    Deux photographies publiées dans l’ouvrage de Robert Pujade, « Fantastique et photographie : Essai sur les limites de la représentation photographique », Editions L’Harmattan, 2015

http://sandrinelaroche.art.free.fr/

Robert PUJADE – Photographies – Motifs et prétextes

du 25 septembre au 23 novembre 2018

Vernissage en présence de l’artiste mardi 25 septembre à 18h30 

 

Auteur de nombreux textes et ouvrages critiques sur la photographie, Robert Pujade propose sous le titre Photographies : Motifs et prétextes une exposition de ses réalisations personnelles relatives à différents genres photographiques. Destinées à accompagner sa recherche, ces images constituent les multiples expériences auxquelles se rattache son approche littéraire de la photographie. L’exposition ajoute à ces photographies des réflexions sous forme de commentaires : ils explorent, au fil des prises de vue, les relations étroites et complexes qui accordent, de façon parfois inattendue,
le désir de voir immédiat à la patience de l’acte d’écrire. 

” Sous ce titre je propose des images extraites pour la plupart d’un journal photographique que j’écris de façon plus ou moins régulière depuis quelques années. J’ai l’impression que je photographie beaucoup, presque quotidiennement, soit pour répondre à l’attirance fugitive du monde quand elle se présente à mes yeux, soit pour mettre en scène mon désir de voir face à un corps, un visage ou un lieu que je ne veux pas oublier.

“Je ne m’interroge pas sur le statut de cette pratique d’images, d’une part parce qu’il m’est indifférent de me dire que je suis photographe ou que je ne le suis pas, d’autre part parce que mes photographies ne sont assujetties à aucune règle propre aux genres photographiques auxquels leur sujet pourrait pourtant les ramener. Je fais mes prises de vue avec l’intention d’écrire, de façon plus déliée, ce que l’image prise n’a fait que balbutier.

“Cette manière d’opérer serait celle d’un dilettante si elle n’était pas assortie d’une méthode contraignante destinée à me repérer parmi les innombrables vues qui s’accumulent au fil des jours dans mes dossiers. Les classifications génériques ou thématiques sont pour moi inefficaces, car je ne reconnais pas mon intention de photographier dans des thèmes ou dans des genres. De même, la classification chronologique ne convient pas à mon projet d’écrire sur ces images qui esquissent des instants de vie volés au temps qui passe.

“Plus que de catégories, j’ai besoin de directions de recherche pour mon projet et, à cet égard, de titres qui m’enjoignent de revenir sur des émotions que j’ai éprouvées. Toutes les photos que je retiens ont un statut étrange : elles se présentent à ma vue comme des croquis d’images mentales, entre toutes latentes, parce qu’elles attendent, pour ainsi dire, que je m’intéresse à elles, que je me demande pourquoi je les ai prises. Aussi les titres que je donne à mes collections, quel que soit leur contenu, me mettent sur la voie du rapport complexe qui accorde le désir de voir immédiat de la prise de vue à la patience indispensable à l’acte d’écrire.

“J’ai pris le temps nécessaire pour pointer des récurrences, déterminer des intentionnalités de regard similaires dans des milliers de photos pour définir un ensemble de parcours qui forment un relevé de mes fascinations. A bien lire et revoir ces parcours, j’éprouve ce sentiment singulier de me reconnaître, mais aussi de faire connaissance avec moi-même. Je les considère donc comme l’expression d’un journal intime entièrement voué à ma dilection.

“L’exposition Motifs et prétextes montre les extraits de huit de ces parcours choisis parmi la cinquantaine qui le compose actuellement. “

Robert Pujade

_________________________________________________________________________________________Écritures

Dans le pays Hakka du Fujian en Chine, le rez-de-chaussée des Tulus (villages cylindriques) est réservé au culte des anciens. On y pénètre et on en sort en passant à côté d’un fenestron de briques qui dessine un labyrinthe. Selon les habitants de ces lieux, il s’agit d’un message de courtoisie écrit à l’intention des promeneurs. Ainsi crypté dans la géométrie d’un dédale, le message écrit n’est plus qu’un prétexte destiné à l’expression d’un vouloir dire plus énergique et plus imposant que le dire lui-même.
Rien ne me fascine plus que cette poétique susceptible de surgir ainsi de l’illisible. Dans les rues de tout pays, quand le temps et les intempéries, accélérant une dissolution du signifiant, attestent l’action d’un élan vers l’image, vers l’origine irrévélée des signes.

Des lieux pour écrire___________________________________________________________________________________

Je n’hésite pas à photographier mes lieux d’écriture pour retrouver plus tard ce que mes textes ne sauraient montrer, l’espace où ils sont nés et, dans cet espace, les émotions, les sentiments ou la détresse qu’ils accompagnèrent. Un matin de juin 2003, un grand chagrin me conduit au Café Lebowitz à Manhattan (NYC) où je m’installe, pour boire ce qu’il m’était le plus indifférent de boire, près d’une fenêtre ouverte sur Elizabeth St. Je note quelques idées sur mon carnet, commence à apprécier la tranquillité de ce site au croisement de rues encombrées. Je ne vois pas le temps passer. À midi, je commande un borchtch dont j’apprécie la saveur terreuse des betteraves, quand je n’avais plus goût à rien. Je me surprends à sourire en voyant circuler au milieu des stretch limousines, des camions et des scooters, un cycliste qui trimballe une grande partie de sa maison. La vie m’apparaît finalement très simple. J’ai écrit là les premières pages de mon livre Art et photographie.

À chaque photographie de ce parcours ne correspond pas une histoire, mais une partie de mon histoire, car plus que les ans, les textes sont la mesure de mon devenir, y compris ceux que je n’écrirai jamais, soit parce que la place inspiratrice était occupée par quelqu’un d’autre, ou vide mais sans que je puisse prendre le temps de m’y asseoir.

___________________________________________________________________________________________Seul le regard

 

Dans la presqu’île de Rügen, un homme est resté debout, torse nu, face à la mer Baltique, sans que rien ni personne ne vienne perturber sa stature. Peut-être y est-il encore. […]

 

Cet homme statufié, installé dans son seul désir de voir est pour moi une stèle dédiée à la pratique photographique où le regard est premier avant toutes choses à voir. Et cette pure compulsion du regard suffit à considérer la photographie comme une forme particulière de l’écriture automatique.

Aubes_____________________________________________________________________________________________________

 À l’aube, le corps aimé vibre d’une clarté douce et propice à la rêverie :
l’aventure, l’espoir, l’avenir sont à fleur de peau. Pendant ces moments crépusculaires, annonciateurs de lumière et de vie, j’ai réalisé la plupart de mes nombreuses photographies de nus. […]

Pour les nus pris en plein midi,
ils ne cessent de prolonger mon amitié avec Lucien Clergue

_________________________________________________________________________________________________ Postures

 

 

Anne, Perpignan, 2010
Cette photo prise certainement
pour écrire le mot « coïncidences »

 

Si les visages m’attirent, je ne me soumets pas volontiers à la technique encombrante du portrait en studio. Je préfère saisir des attitudes, volontaires ou non, remarquables par leur aspect peu naturel ou inhabituel. En fait, ce qui m’intéresse dans le regard que je porte sur autrui c’est une présence abruptement mystérieuse et sans contenance, au sens le plus ambigu de ce terme. […]


Minako

L’inconnue n’avait fait qu’une apparition fugace dans ma vie, dans un TGV qui me conduisait à Paris… Je recherchai dans mes souvenirs une ressemblance avec cette beauté…
Je suis resté longtemps sans regarder cette photographie, effrayé – je ne savais trop pourquoi – d’être confronté à une vérité que j’entrevoyais comme insupportable. Un soir cependant, j’ai osé et je n’ai plus aucun doute, c’est elle ! Elle que j’avais perdue de vue depuis 12 ans. Comment se fait-il que je l’aie oubliée ? Minako !…

Journal photographique, 2017 

 

Face à faces  ____________________________________________________________________________________________

Dans le parcours Face à Faces, j’ai l’habitude de colliger les photographies où je me retrouve face à moi-même, sans aucune intention d’autoportrait, celles où ma présence faiblement effacée compose un tout avec le décor alentour. La photographie de reflets y tient une grande part, car c’est une épreuve feuilletée où des plans dispersés dans la réalité se retrouvent fondus dans un cadre, créant parfois des rencontres accidentelles.
À Venise, devant la vitrine d’un restaurateur de tableaux, j’ai cadré une peinture représentant l’enfant Jésus instruisant les docteurs de la loi. Sa main droite est tendue vers le ciel, et la gauche, par un miracle imprévu, soutient le culot de ma pipe. L’un des docteurs pointe son index vers moi comme pour signaler une erreur de casting. […]

_________________________________________________________________________________ L’appel de la peinture


Saragosse, Musée Camon Aznar, 2013
À peine entré dans le hall du Musée Camon Aznar de Saragosse, la mise en scène de la photo du peintre Hermenegildo Anglada-Camarasa, posant tout près de la Sibille
qu’il avait peinte en 1903, m’a fait pressentir
que j’allais éprouver une révélation.l

 

De façon certaine, ce qui me pousse à interrompre le cours normal des choses pour déclencher l’obturateur de mon appareil photo, c’est l’appel du singulier et non pas sa recherche. […] Or, le plus souvent, la singularité se manifeste à mes yeux quand je perçois une similitude entre la réalité et la peinture, comme ce fut le cas à l’hôtel du Nord de Corte où la muse qui m’inspirait rejoignait dans ma mémoire certaine Vénus du Titien. […]
Les dégoulinures de peinture, les affiches lacérées renvoient elles aussi facilement à des représentations abstraites de l’art moderne pourvu qu’on en isole quelques traits essentiels.
Et cela dans tous les pays du monde.
L’appel déroutant et imprévisible de la peinture me donne le sentiment d’être partout chez moi.

Venise, 2015. Rencontre avec Van Eyck

[…] Ou inversement quand la peinture est interpelée par la rue, comme dans cette parodie de Van Eyck
dessinée à la 6, 4, 2 sur un mur de Venise
et légendée Arnolfini portrait. […]

 

 

 

 

En passant…  ___________________________________________________________________________________________

 Las Vegas, 2015

Quand je regarde mes photographies de voyage, je recherche en priorité celles que j’ai faites en passant, sans m’arrêter, pour sauver quelques impressions ressenties à la sauvette. Dans ce parcours, se dégage une prédilection pour des désordres esthétiques : cadrages tronqués, millefeuille des plans, posture basculée ou dégingandée de piétons. Ces vues, qui peuvent paraître indésirables, retentissent en moi comme des vibrations ou mieux encore, quand je les revois, comme des signes de vie.

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Christophe BOULARD – Mémoire en paysages

du 5 juin au 24 juillet 2018

Vernissage en présence de l’artiste jeudi 7 juin  à 18h30 

Si le paysage, considéré du seul point de vue géographique, est incontestablement
lié à l’histoire des territoires, et ainsi porte en lui une dimension mémorielle,
qu’en est-il du paysage, objet artistique ?
Au-delà de la matérialité du paysage, il semble bien que ce qui lui donne sa
dimension esthétique, affective, soit avant tout la manière dont on le perçoit.
Cette perception est très certainement modifiée par la connaissance
que nous avons de l’histoire du lieu.
Ainsi, chaque regard sensible, et celui de l’artiste plus qu’un autre,
est à même de réinventer constamment ce « paysage ».

 

MÉMOIRE EN PAYSAGES

Les paysages de la Meuse qui entourent Verdun sont devenus une réserve historique dotée d’une signalétique pour le tourisme de guerre qui s’est développé très tôt, comme en témoignent les guides illustrés Michelin des champs de bataille (1917-1921). Dans l’un de ces guides, on peut lire : Une ruine est plus émouvante lorsqu’on en connaît l’origine, tel paysage qui paraît terne à l’œil non averti se transforme par le souvenir des luttes qui s’y sont livrées.[1] Cette remarque, destinée à favoriser l’achat du guide illustré de nombreuses photographies, oppose à l’aspect insignifiant des lieux la mémoire des événements récapitulés dans le livre, comme si le sens de la visite consistait
à investir ce que l’on voit par de l’invisible que l’on sait.

La démarche photographique de Christophe Boulard se construit à l’inverse de ces allégations puisque son intention, fortement marquée par le titre de sa série Mémoire en paysages, est de saisir, à partir de sa considération des lieux, la survivance d’une époque infernale, moins à travers des vestiges, des épaves ou des ruines que par les variations de la lumière dramatisée par l’usage de la photographie en noir et blanc. Le choix des cadrages permet ainsi de confronter le doux nuancier du gris des nuages au chatoiement obscur des sols ravinés en premier plan et des arbres calcinés par un effet de contrejour.

Dans chacune de ces photographies sans titre, sans repère de localisation, le passé de Verdun refait surface, tapi sous les hautes futaies : le relief dénivelé par les bombes, les grenades, les millions d’obus et les mines a modifié les cotes géologiques d’avant-guerre et les sols ne sont plus que de vastes étendues houleuses de végétation, fracturées par des ravins, démantelées par des replis, interrompues par des crevasses.

C’est au milieu de cette dévastation aujourd’hui dissimulée que des histoires de tranchées ressurgissent : la gale, la dysenterie, les morpions, le tétanos comme des faits banals de la vie quotidienne ou de permanentes menaces. La peur panique, celle qui rend possible les trahisons spontanées comme les actes d’héroïsme fulgurants, dont Alain disait : L’universelle peur n’explique rien d’une guerre[2]. Et dans cet univers d’immondices, de souffrances et de déflagrations, les liens d’amitié qui se créent, même parfois avec les tranchées ennemies comme un défi à l’horreur et à la mort imminente. On se cherche bien encore des trucs et des excuses pour rester là avec eux les copains, mais la mort est là aussi elle, puante, à côté de vous, tout le temps à présent et moins mystérieuse qu’une belote, écrivait Céline dans le Voyage au bout de la nuit.

Les souvenirs de l’Enfer, pour reprendre l’expression d’Henri Barbusse, reviennent d’eux-mêmes à la vue des photographies de Christophe Boulard qui construit sa série à la façon d’un paysagiste méticuleux. Ce retour de mémoire s’explique sans doute par la sensation de paix et de silence qu’une savante concordance de tonalités de gris instaure, dans un fort contraste, autour de sombres sous-bois, de terrains accidentés, rudes et irréguliers. Cette poétique du paysage est une création éminemment photographique.

Robert Pujade

[1] Guide Michelin des champs de bataille, 1919, p.2.
[2] Alain, Souvenir de guerre, in Les Passions et la sagesse, éd. Pléiade, p. 448.

Collectif Parallèle – Correspondances

du 13 mars au 20 avril 2018

Vernissage en présence des artistes mardi 13 mars

 – à 18h00 à l’Enssib
– à 18h30 à la Galerie Domus

Café photo le jeudi 5 avril à 12h45 : Rencontre avec les artistes à la Galerie Domus
Dans le cadre des JACES (Journées des Arts et de la Culture dans l’Enseignement Supérieur)

Collisions © Arnaud Brihay

Collectif Parallèle

Laure Abouaf / Melania Avanzato / Arnaud Brihay /
David Duchon-Doris / Zacharie Gaudrillot-Roy / Benjamin Lorieau

CORRESPONDANCES
Possibilités de l’ailleurs

Les générations voyageuses, enfants du tourisme globalisé, d’une société
de loisir de masse comme jamais dans l’histoire des civilisations, d’une industrie du confort et de l’image, se meuvent dans un monde spectaculaire greffé de prothèses fabriquées et adaptées pour recevoir des nuées d’yeux avides, de fantasmes prémâchés, organisé pour voir, saisir, et partir. Ces générations ne sont plus dupes de l’exotisme,
de ce qui s’achète et de ce qui n’est pas à vendre. Alors pourquoi partir ? Qu’est
devenu le voyage ? Que reste-t-il à découvrir ? Qu’est-ce que les réseaux sociaux,
la mise en scène de soi, l’hyper connexion, ont fait de cette pulsion qui a poussé Ulysse loin d’Ithaque et Kerouac et ses anges vagabonds sur la route ?

De ce supplément d’âme que Bachelard appelait volontiers le 7ème sens il ne pourrait rester que des formes aliénées, de repos et de distractions dans des espaces prévus à cet effet.
Pourtant il existe encore des possibilités d’ailleurs : dans les entretemps suspendus du grand dehors   entre attachement et arrachement, nous espérons percevoir, éprouver cette sensation d’impermanence. être un étranger à l’autre, un étranger à soi-même.

C’est dans ces interstices fragiles que s’exprime le collectif. En définitive, c’est ce déplacement, la nécessité de ce détour par une terre étrangère qui nous permet d’accéder à un territoire intime, à une sensation d’exil : dans ce Voyage, c’est l’inconscient qui est en jeu, la rencontre d’une banalité inédite, la plongée dans un exil provisoire et maîtrisé nous permet de pénétrer l’énigme d’un exil à soi-même, eine andere Schauplatz, d’une autre scène, habituellement hors de portée de notre regard.

Je pense là où je ne suis pas, je suis là où je ne pense pas .* Correspondances propose un double déplacement où les territoires de chaque photographe se découvrent et se recomposent sur une nouvelle page blanche pour se fondre dans une nouvelle entité : celle du collectif, un langage polyphonique qui trouve ses harmonies en échos lointains.

Melania Avanzato

* LACAN, Jacques. Écrits. Paris : Éd. du Seuil, 1995.


 


AMERICAN WEST
David DUCHON-DORIS

 

” De la démesure à l’excès, ou comment une terre utilisée à outrance (exploitation du bois, du pétrole), laisse place à des villes sinistrées car le territoire n’a plus rien à offrir “.
Virginie Baro

 

 


HÔTEL PARALLÈLE
Zacharie GAUDRILLOT-ROY

 

Il va se passer quelque chose c’est certain, une prévision inattendue venue du ciel. Les scintillements d’une lumière blafarde pour le moins étrange s’affolent soudain pour laisser entrevoir les petits sapins dessinés sur la tapisserie bon marché.

 

 


CARNETS D’AUTOMNE
Melania AVANZATO

 

Ces lumières en angle droit semblaient
lui parler une langue familière,
et le sentiment de ne pas être étranger à la foule grouillante l’envahit peu à peu avec
une absurde nostalgie.

 

 


PERSISTANCES
Benjamin LORIEAU

 

Le regard s’arrête sur de calmes prémonitions,
il prend le temps,
il saisit le cadre à peine mouvant, et propose une pause qui fait sentir tout le poids de son passage,
éphémère, dans une image figée et vibrante comme une persistance rétinienne.

 


DES LIEUX-PARENTHÈSES
Laure ABOUAF

 

 


Nous sommes voyageurs, ballottés par l’espace et le temps,
habités de ces multiples séquences ” d’un présent immolé par l’avenir “.

 

 

 


COLLISIONS
Arnaud BRIHAY

 

Ici et maintenant
comme la-bas et maintenant
se mêlent et inscrivent mon chemin.

Et partout devient mon chez-moi…

 

 


Laure Abouaf / Melania Avanzato / Arnaud Brihay /
David Duchon-Doris / Zacharie Gaudrillot-Roy / Benjamin Lorieau

Collectif Parallèle

Laure Abouaf / Melania Avanzato / Arnaud Brihay /
David Duchon-Doris / Zacharie Gaudrillot-Roy / Benjamin Lorieau

Parallèle rassemble 6 photographes, 6 personnalités dont l’originalité n’est plus à prouver. Chacun, dans son propre parcours, a su penser l’image et la développer selon sa conscience et sa présence au monde.
” C’est l’envie de se rassembler et de partager qui nous a réunis en collectif, conscients que le travail commun est une chance d’enrichir nos points de vue, et c’est ainsi que nous pensons nous construire, comme un organisme vivant, en perpétuelle mutation. Le collectif est un dialogue et un mouvement. Nos projets, issus de préoccupations communes, de commandes ou de résidences, ensemble ou à distance, sont polymorphes mais cherchent tous la même direction, celle d’une photographie honnête, une voix authentique. La photographie est notre langage, et nous le voulons révélateur de sens “.

http://collectifparallele.fr/
https://www.facebook.com/pg/collectifparallele/
contact@collectifparallele.fr

LAURE ABOUAF  www.laureabouaf.fr
MELANIA AVANZATO  www.melania–‐avanzato.com
ARNAUD BRIHAY  http://brihay.com
DAVID DUCHON‐DORIS  www.davidduchondoris.fr
ZACHARIE GAUDRILLOT‐ROY  www.zachariegaudrillot-roy.com
BENJAMIN LORIEAU  www.benlorieau.fr

Sébastien ERÔME – Light & Transient

du 23 janvier au 2 mars 2018

Vernissage en présence de l’artiste mardi 23 janvier 

 – à 18h00 à l’Enssib
– à 18h30 à la Galerie Domus

North Bend, Washington. 2011

” Juste avant le crépuscule. Lorsque la lumière se violace. Que les ombres se détachent.
Ils rentrent du travail. Ils sourient. Parfois, ils ouvrent une bière.
Peu après l’aube. Lorsque le matin réinvente la couleur. Que la lumière inonde tout.
Même les gens. Dont elle paraît transpercer les âmes. Ils paraissent tous plus grands.
Et un peu extraordinaires. Ils sont là, semblables et différents, aux mêmes moments,
d’un bout de l’Amérique à l’autre. Ils disent l’immense intimité de ce pays.
Pour un instant tout est clair, distinct. “

Alice Géraud


Troughout America

Near Garrison, North Dakota. 2011

 La série “Troughout America” est présentée à Domus


Alaska

Dave Jude, Fairbanks, Alaska. 2013

 La série “Alaska” est présentée à l’Enssib


Sébastien Erôme

est né en 1973 à Lyon.
Il est représenté par la Maison de photographes Signatures,
dont il a participé à la fondation en 2007.
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie, il s’installe en Egypte et débute en photographiant les fouilles du phare d’Alexandrie, préambule à une carrière de photo-journaliste.
En 2000, il intègre l’agence Editing. Photographe régulier du quotidien Libération, il collabore également avec la presse française et internationale.
Son travail sur les tribunaux populaires rwandais est récompensé au Festival du scoop d’Angers en 2002.

Depuis 2008, son approche de la photographie s’est éloignée de l’actualité et du photo-journalisme pour devenir plus documentaire et plus littéraire, puisant à la fois dans la réalité et la fiction. Construite sur des notions de traces, de présence, d’absence et de disparition, elle vise à interroger le spectateur plutôt qu’à lui donner des réponses.

http://sebastien-erome.com/

 

 

Alain DAUTY – Les territoires de l’attente

du 5 décembre 2017 au 16 janvier 2018

Vernissage en présence des artistes le mardi 5 décembre à 18h30

“Indépendamment de ce qui arrive ou n’arrive pas, c’est l’attente qui est magnifique.”
André Breton

Que se passe t’il quand rien ne se passe, quand le temps se suspend et le présent s’absente ?
La série prend le contre-pied de la fébrilité urbaine, caractérisée par l’agitation et l’intranquillité permanentes, en pointant ces moments particuliers où les corps se figent et les esprits s’évadent.
Elle montre ici des individus immobiles dans une expectative indéfinie, énigmatique et questionne cet état d’attente, contemplation sans rien faire, cet “hors du temps” qui est aujourd’hui menacé.
L’attente est un temps de suspension, de doute, mais c’est aussi le temps de la concentration et de la création.

A. Dauty


Photogénie de l’attente

Photographies d’Alain Dauty

Sous le titre « Territoires de l’attente », Alain Dauty collecte un ensemble d’endroits où des personnages semblent livrés à eux-mêmes dans ce qu’on appelle communément des temps morts. Le terme de « territoire », choisi par le photographe, marque bien qu’il s’agit de la conversion en espace d’une expérience humaine intime vécue dans la durée. Les scènes d’attente se produisent dans la rue, les halls de gare ou d’aéroport, au café ou dans un escalier, des lieux qui entourent une solitude individuelle ou collective. L’objectif de la photographie pétrifie ce temps incertain et variable qui parcourt l’intervalle dans lequel l’espoir, la crainte, l’ennui ou le vide s’emparent des hommes condamnés à la patience.

Dans chaque situation, le contraste des couleurs permet d’isoler d’un fond souvent sombre l’allure de ces gens abandonnés à eux-mêmes et la série photographique dresse alors une typologie du corps de l’attente. Les visages sont fermés, crispés, indifférents mais toujours détachés du monde extérieur. Le regard peut être plongé dans le vague ou tourné vers le ciel, les mains croisées, fourrées dans les poches, accrochées aux pages d’un journal ou agrippées à l’anse d’une valise. La stature corporelle connaît toutes les variations possibles : assise, debout, d’aplomb, dégingandée, couchée sur un banc, vautrée sur un fauteuil, pliée, affalée, arc-boutée, comme si l’inactivité imposait une apparence physique selon les vagues de léthargie, d’abattement, de lassitude, de prostration ou de sidération ressenties par les patients.

L’instantané photographique, en retranchant une strate de cette durée parfois interminable, permet de dramatiser ce temps de latence. Les plans larges d’Alain Dauty créent des atmosphères propices à l’évocation d’histoires de vie.  Un homme seul, retenant sa tête dans ses mains, est assis dans une gare, près d’un distributeur automatique de boisson, et l’on dirait qu’il fond en larmes. Un autre, installé dans un Lavomatic, fixe le hublot de sa machine à laver derrière lequel l’entrelacs du linge dessine, à l’instant précis de la pose, une forme de Madone, comme si cette apparition maternelle fugitive répétait une angoisse d’enfance telle que décrite par Freud dans l’expérience du fort-da. On peut être très malheureux dans l’attente de quelque chose ou de quelqu’un.

Alain Dauty retrouve sans doute dans ses personnages des attitudes qui sont les siennes. L’attente, en effet, n’est pas seulement une disposition nécessaire à la pratique photographique, mais une conduite que les grands photographes cultivent à la manière d’une vertu.

Robert Pujade