Laure ABOUAF – Approche(s) Villes d’Europe

du 4 juin au 26 juillet 2019

Vernissage en présence de l’artiste mardi 4 juin à 18h30 

Géographique, physique, humaine, parfois hachée de grands pans d’ombres où se cognent des éclats de lumière, subtile toujours : voici une Europe à travers les villes dans lesquelles Laure Abouaf s’immerge au fil des années, mue par une perception intime des couleurs. Lyon, Beograd, Bratislava, Sarajevo, Budapest, Timisoara, Bucaresti, Ljubljana, Lisboa… Presque en secret, elle nous embarque, et dans un voyage tout intérieur nous suivons ses pas.

” Les signes qui permettraient d’identifier les villes d’Europe traversées par Laure Abouaf sont très rares et équivoques sitôt qu’on pense les avoir dénichés. Le nom de ces localités n’est pas indiqué sous la forme d’une légende qui nous obligerait à rechercher dans nos souvenirs de voyage ce que, de toutes façons, nous ne retrouverions pas à l’intérieur du cadre photographique. En effet, à l’opposé de la carte postale ou du reportage touristique, la série exclut de son champ de visée la couleur locale, le détail typique, la note exotique, le cadre pittoresque ou l’ambiance folklorique. Pour autant, l’absence des procédés usuels de mise en valeur de ces scènes urbaines et leur anonymat lui-même, ne les rendent pas énigmatiques. Ces lieux photographiques sont, d’une certaine façon, des lieux communs en ce sens qu’ils apparaissent similaires – et non pas semblables – à d’autres que nous rencontrons dans la vie ordinaire. Cette similarité cultivée signifie qu’ils appartiennent moins à un espace géographique précis qu’au regard de la photographe. […]

Les photographies de Laure Abouaf, bien qu’elles différent du genre du paysage urbain, et même de la photographie de rue dont l’une des caractéristiques est la présence humaine, restent fortement liées cependant à l’espace urbain qu’elles explorent de façon inaccoutumée. Elles proposent des hiérarchies visuelles qui ne correspondent pas à celles que construisent, de façon constante et triviale,
nos perceptions de la réalité. On pourrait expliquer cette différence une fois pour toutes par l’argument paresseux qui consiste à opposer la vision de l’artiste au simple phénomène de la vue, quand l’une et l’autre s’appliquent à des sujets identiques. […]

… l’espace photographique qu’elle dévoile met en question la notion même de l’espace. Nous savons que cette dernière notion a une histoire et que la perception que l’homme a du monde a considérablement varié au cours des siècles : le monde clos du Moyen-âge, découpé en espaces sacrés et profanes, diffère profondément du monde rationalisé des Lumières qui découvre un espace infini. Nul doute que, dans cette histoire, la photographie a modifié sensiblement la notion commune que nous avons de l’espace, entendu comme le milieu dans lequel se situe l’ensemble de nos perceptions.
Ainsi, en regardant ce que nous ne voyons pas, Laure Abouaf opère des coupes dans notre espace quotidien, produit des prises de vue qui, à leur manière, relèvent d’une sourde sacralisation.”


Robert Pujade

WORKSHOP “CYANOTYPES”

du 1er au 19 avril 2019
(sauf samedi et dimanche)
de 9h à 13h et de 14h à 17h

Maison du Projet
20 avenue Gaston Berger, Villeurbanne

Rencontres avec les artistes les 02/04 et 03/04 de 12h30 à 13h30.

Dans le cadre du Festival Les arts du campus
À l’initiative de Marie Noëlle TAINE,
responsable de la Mission Culture de l’Université Claude Bernard Lyon 1

Animation :
Antoine LIGIER & Noël PODEVIGNE


À l’heure du numérique, des étudiants explorent un type de photographie datant du 19e siècle, le cyanotype, et exposent leurs plus belles réalisations.



… avec :
Mattis Boldrini
Sara Cabet
Jade Chenal
Ana Cresto
Lucille Gallois
Manon Haberzettel
Martin S. Monaghan
Melvin Naudion




La production d’images est devenue exponentielle, grâce au numérique. Nous en fabriquons sans arrêt… Elles rejoignent, dans le meilleur des cas, les mémoires de nos ordinateurs, circulent sur les réseaux sociaux mais… finalement, sortent très vite de notre quotidien.

Pendant ce temps, nous gardons en mémoire la photo encadrée de tel ou tel événement, d’une personne chère…Le passage au support physique constitue véritablement un épisode majeur dans l’histoire de nos photos et dans notre rapport aux images.

Le propos de ce workshop a été d’expérimenter, de manière ludique, cette transformation, ce passage d’un geste presque banal (prendre une photo) à la création d’une image unique, réalisée par soi-même. Pour cela nous avons eu recours à une technique datant des débuts de la photographie : la cyanotypie.

En utilisant conjointement les techniques numériques actuelles (pour réaliser les négatifs) et cette pratique ancienne, nous avons ainsi parcouru à l’envers toute l’histoire des photographies ;
singulier raccourci…

Claudine DOURY – L’homme nouveau

du 5 mars au 22 avril 2019

Vernissage en présence de l’artiste mardi 5 mars à 18h30 

Café photo en présence de l’artiste jeudi 4 avril de 12h45 à 13h45
dans le cadre du Festival des Arts du Campus (JACES)

German, série L’homme nouveau, 2013 © Claudine Doury / La Galerie Particulière / Agence VU’

” J’ai jusqu’à présent beaucoup photographié les jeunes filles, convoquant à travers elles mon enfance et mon adolescence. Dans ces travaux, les rares présences masculines y faisaient toujours office de figurants. Je veux explorer maintenant l’identité masculine dans une période de transition à la fin de l’adolescence. Quand et comment le garçon devient-il homme ? Quels sont les signes de cette transformation ? En quoi est-elle différente des générations précédentes ? En questionnant l’identité masculine au passage à l’âge adulte, j’aborderai les notions de genre et d’altérité à l’entrée du XXI° siècle.

J’ai effectué ce travail à St Petersbourg où une nouvelle génération de Russes émerge. Elle est née au moment où l’Union Soviétique s’effondrait. Fils de la nouvelle classe moyenne ces jeunes Russes ont aujourd’hui vingt ans et sont aux antipodes de leurs aînés : ils viennent des quatre coins de Russie et ont choisi Saint Petersbourg comme lieu de leur nouvelle vie. En rupture de ban par rapport à une Russie empêtrée dans le poids de ses appareils, ils sont résolument modernes, tournés vers l’art et la culture, connectés avec le reste de la planète, et ils s’approprient les codes du monde en marche.

Connaissant déjà bien la Russie, je travaille sur ces jeunes hommes comme je l’avais fait avec les jeunes filles russes, dans une société en pleine évolution où les rapports au statut d’homme, à la virilité, à l’image de soi et à tous les codes du genre sont entièrement revisités. Ce nouvel « homme nouveau » qui se définit là-bas est un des témoins des mutations de notre temps et je sais pouvoir trouver des signes et des traces de ces mutations. “

Claudine Doury

Dimitri, série L’homme nouveau, 2013 © Claudine Doury / La Galerie Particulière / Agence VU’

Claudine DOURY

Claudine Doury est une photographe française qui vit et travaille à Paris. Son travail aborde les notions de mémoire, de transition et de passage, notamment autour de l’adolescence et du voyage, thématiques centrales de son travail. Claudine Doury reçoit le prix Leica Oscar Barnack en 1999 et un World Press Award la même année pour sa série « Peuples de Sibérie ». En 2004, elle reçoit le Prix Niépce pour l’ensemble de son travail. En 2017, elle est doublement lauréate, de la Commande Photographique Nationale « La Jeunesse en France » puis du Prix Marc Ladreit de Lacharrière-Académie des Beaux-arts.

Claudine Doury est membre de l’agence Vu et est représentée par la Galerie Particulière à Paris et à Bruxelles.

Prix, bourses

2017 : Lauréate du prix de Photographie Marc Ladreit de Lacharrière-Académie des Beaux-Arts 2017 : Lauréate La Jeunesse en France/ CNAP & CéTàVOIR 2012 : Aide à la création, Centre National des Arts Plastiques 2004 : Prix Niépce 2000 : Prix Paris-Match 1999 : Prix World Press Photo, Nature stories 1999 : Prix Leica Oscar Barnack 1997 : Bourse Fiacre, Ministère de la Culture 1996 : Villa Médicis Hors-les-murs

Monographies

2016 : L’Homme nouveau, Editions Filigranes 2011 : Sasha, Editions du Caillou Bleu 2007 : Loulan Beauty, Editions du Chêne 2004 : Artek, un été en Crimée, Editions de la Martinière 1999 : Peuples de Sibérie, Editions du Seuil

Expositions individuelles

2018
– Le long du fleuve Amour, La Galerie Particulière, Paris, France
– Une Odyssée Sibérienne, Académie des beaux-arts, Paris, France

2016
– L’Homme Nouveau, La Galerie Particulière, Bruxelles, Belgique
– L’Homme Nouveau, La Galerie Particulière, Paris, France

2015
– Loulan Beauty, Galerie Domus, Université Lyon 1, Villeurbanne, France
– Sasha, Galerie B.U., Université Lyon 1, Villeurbanne, France
– Artek, ENSSIB, Villeurbanne, France

2014
– Loulan Beauty, Galerie Confluences, Nantes, France
– Sasha, Galerie Dityvon, Angers, France
– Peuples de Sibérie, Bibliothèque de Bobigny, France
– Loulan Beauty et Artek, Espace Saint Cyprien, Toulouse, France
– Peuples de Sibérie, Palais Jacques Cœur, Bourges, France

2012
– Sasha, Galerie Confluences, Nantes, France
– Sasha, Box Galerie, Bruxelles, Belgique
– Sasha, La galerie Particulière, Paris, France

2011
– Claudine Doury, Photographies 1999- 2010, Pavillon Carré de Beaudoin, Paris, France
– Passages, Hôtel de Ville, Rennes, France

2010 – Loulan Beauty, La Fabrique du Pont d’Aleyrac, Saint Pierreville, France
– Loulan Beauty, Théâtre de Brétigny-sur-Orge, France

2009
– Artek, Rencontres photographiques, Dali, Chine
– Peuples de Sibérie, Centre Culturel Joseph Kessel, Villepinte, France

2008
– Loulan Beauty, Breda Photo, Breda’s Museum, Pays Bas

2007
– Loulan Beauty, Galerie Camera Obscura, Paris, France

2006
– Peuples de Sibérie, Médiathèque de Saint-Etienne, France

2005
– Peuples de Sibérie, Médiathèque de Noisy-le-Sec, France

2004
– Artek, Picto Bastille, Paris, France

2002
– Photographe en résidence, Galerie du théâtre La Passerelle, Gap, France
– Peuples de Sibérie, Centre culturel, Le Mans, France

2001
– Peuples de Sibérie, Hôtel de ville, Saint-Ouen l’Aumône, France

2000
– Peuples de Sibérie, Festival « Étonnants Voyageurs », Saint Malo, France
– Peuples de Sibérie, Musée Arctique de Rovaniemi, Finlande
– Peuples de Sibérie, Parc de la Villette, pavillon Paul Delouvrier, Paris, France

Expositions collectives

2018
– The Other Woman, Galerie Confluence, Nantes, France
– Adolescences, Festival du Regard, Cergy-Pontoise, France
– Jeunes-Générations, la Friche Belle de Mai, Marseille, France

2017
– Jeunes-Générations, CACP Villa Pérochon, Niort, France
– Jeunes-Générations, Gares et connexions, Paris, Strasbourg, Bordeaux, Lille, France
– Images Singulières, Sète, France

2016
– Vivre, Collection Agnès B, Musée National de l’Histoire de l’Immigration, Paris, France
– CNAP, Ministère de la Culture, Paris, France
– FIVF (Festival Internacional de Fotografia de Valparaiso), Valparaiso, Chili
– Photo London, La Galerie Particulière, Londres, Grande Bretagne

2015
– Sasha, Bibliothèque Départementale des Bouches du Rhône, Marseille, France
– Loulan Beauty, SIFEST, Savignano, Italie

2014
– Paris Photo Los Angeles, Etats-Unis
– Festival “Pluie d’images”, Brest, France
– Pulse Miami Art Fair, La Galerie Particulière, Miami, Etats-Unis
– Art Rotterdam, Pays Bas

2013
– Pulse Miami Art Fair, La Galerie Particulière, Miami, Etats-Unis
– Passage, Forum Meyrin, Genève, Suisse

2012
– Espace Photographique Contretype, Bruxelles, Belgique
– Pulse Miami, La Galerie Particulière, Miami, Etats-Unis
– Art Paris Art Fair, La Galerie Particulière, Paris, France
– L’art de voir les choses, Galerie Camera Obscura, Paris, France
– Festival Photo Reporter, Saint Brieuc, France
– Sasha, Les Photaumnales, Laon, France
– Loulan Beauty, Vues en ville II, Artothèque, La Roche-sur-Yon, France
– Time in Turkey, Kunsthalle Karlsplatz, Vienne, Autriche
– Time in Turkey, Photo Biennale, Thessaloniki, Grèce
– La petite Biennale de la photographie, Blain, France

2011
– Paris Photo, Le Grand Palais, Paris, France
– VU à Paris, Institut Culturel Français, Rabat, Maroc

2010
– Rétrospective des Lauréats du Prix Niépce, Musée du Montparnasse, Paris, France
– Paris Photo, Carrousel du Louvre, Paris, France

2009
– 80+80, Photo-Graphisme, Pavillon Carré de Beaudoin, Paris, France
– C’est l’été, Galerie Camera Obscura, Paris, France
– Kreyol Factory, Parc de la Villette, Paris, France

2008
– Collection photographique Agnès B, C/O Berlin, Allemagne
– Loulan Beauty, France Kunst Art.Be/ Réfléchir le Monde. La Centrale Electrique, Bruxelles, Belgique
– Woman of many faces, Isabelle Huppert, Galerie du Manège, Moscou, Russie

2007
– Loulan Beauty, Paris Photo, Carrousel du Louvre, Paris, France
– Woman of many faces, Isabelle Huppert, Fotomuseum Der Haag, Pays Bas

2006
– Loulan Beauty, Rencontres Internationales de la photographie, Arles, France
– VU’ 80-80 Les 20 ans de VU, VU la Galerie, Paris, France
– Woman of many faces, Isabelle Huppert, P.S.1 Contemporary Art Center, New York, Etats-Unis
– VU à Paris, Chapelle de la Salpêtrière, Paris, France

2005
– Galerie l’Imagerie, Lannion, France
– Alguien nos mira/ Sélection de la collection photographique de la Fnac, Muvim, Valencia, Espagne

2004
– Collection photographique Agnès B, les Abattoirs, Musée d’Art Contemporain, Toulouse, France
– La collection photographique de la Fnac, la Conciergerie, Paris, France

2001
– Encontros de Imagem, Photo Festival, Braga, Portugal

Collections

Fonds National d’Art Contemporain, Paris, France
Bibliothèque Nationale de France
Musée de l’Elysée, Lausanne, Suisse
Fonds d’Art Contemporain, Meyrin, Suisse
Artothèque, La Rochelle, France
Artothèque, La Roche-sur-Yon, France
Bibliothèque Départementale des Bouches du Rhône, France
Bibliothèque Municipale de Lyon, France
L’Imagerie, Lannion, France
Théâtre La Passerelle, Gap, France
Musée de la Photographie, Braga, Portugal
Agnès B., Paris, France
Leica Camera
Galeries Fnac
Collections privées

Dominique WILDERMANN – AnnA

du 22 janvier 2018 au 25 février 2019

Vernissage en présence de l’artiste mardi 22 janvierà 18h30 

” J’ai souvent déménagé, changé de paysages, de cultures.

Pour compenser une sensation de déracinement, je me suis attachée à des objets, à première vue insignifiants, glanés au fur et à mesure de mes différents emménagements. Je les traine pour certains depuis plus de 20 ans, tels des reliques. Impossible de me résoudre à les jeter malgré l’encombrement : ils sont devenus mes repères, ils ont chacun une histoire réelle ou fantasmée à laquelle je m’accroche. Ils représentent une époque révolue, le temps qui passe irrémédiablement. Mes idées de séries photographiques sont le plus souvent déclenchées par un de ces objets ou par l’atmosphère du nouveau lieu dans lequel je pose mes valises. La série « Anna » n’a pas échappé à cette règle.

Je déménage seule dans un nouvel appartement. Un nouveau lieu pour moi et mes névroses. Malgré le vide j’ai la sensation d’une présence palpable : murs marqués par les anciens accrochages, odeur de tabac encore présente, aucun meuble à part une vieille méridienne avec les traces laissées par ses anciens propriétaires…

Pendant l’emménagement je trouve un bout de papier plié et resté coincé entre deux lattes de parquet. Ce message m’intrigue. J’enquête. La concierge m’explique qu’un couple s’était installé ici. Anna et Pierre. Mais Pierre décède accidentellement et Anna vit seule dans cet appartement pendant encore 30 ans. Alors ce bout de papier va naturellement attiser mon imagination et devient vite l’élément central d’une nouvelle histoire à mettre en images. L’appartement constitue une capsule temporelle dont il est impossible de sortir et dans laquelle j’imagine la solitude de cette femme et son errance. Je m’allonge souvent sur cette méridienne pour réfléchir et travailler. J’imagine Pierre qui disparaît après avoir laissé ce mot. J’imagine Anna dans son bain, qui ne trouvera jamais ce papier, qui ne rejoindra jamais Pierre sur cette terrasse, et le temps qui passe inéluctablement sur le corps de cette femme…

On me raconte qu’elle était peintre, mélancolique, taciturne. Ses modèles posaient toujours sur cette méridienne, et Anna s’y installait aussi très souvent en se perdant dans ses pensées. Une identification s’opère entre elle et moi. J’ai l’impression que nous nous ressemblons. Je deviens la Anna d’avant, et je réalise une série d’« autoportraits partagés » avec celle qui représente Anna telle que je l’imagine 30 ans plus tard. Métaphore de la vie, cette mise en scène est un prétexte parfait pour traiter mes sujets de prédilection : la femme, l’enfermement, la solitude, la vieillesse, la mort, le souvenir, le vide. “

Soi-même et ses doubles

À première vue, la série Anna de Dominique Wildermann évoque, dans le prolongement d’une inspiration qui remonte aux Regrets de la vieille Heaulmière de François Villon, la splendeur radieuse et l’obscure clarté des deux âges de la beauté féminine. Mais cette opposition lisible sur les corps de deux femmes relate en fait l’histoire d’un destin, celui d’Anna, l’ancienne locataire de l’appartement où réside la photographe depuis quelques années.

Lorsqu’elle prend possession de sa nouvelle habitation, Dominique Wildermann relève certains détails qui rappellent la présence de celle qui l’a précédée : une méridienne qui n’a pas été déménagée, des marques de décoloration sur les murs qui avaient dû supporter de nombreux tableaux et surtout une feuille de papier pliée, coincée sous le parquet sur laquelle il est écrit :

Anna ma chérie,
J’espère que ton bain fut bon,
viens vite nous rejoindre sur la terrasse du « toboggan », tu me manques.
Je t’aime
Pierre

Après enquête auprès du voisinage, il ressort que Pierre, l’auteur de ce petit mot d’amour, est mort accidentellement sans jamais avoir pu rejoindre Anna qui vécut seule dans cet appartement pendant trente ans. Cette révélation bouleversante provoque une lecture nouvelle des traces du passage d’Anna qui deviennent les signes d’une histoire de vie.

Se sentant étrangement proche, et peut-être pour conjurer un sort si triste enfermé dans ce lieu, Dominique Wildermann définit un projet photographique et entreprend la portraiture de cette inconnue. Tout d’abord, elle réalise des prises de vue des pièces vides montrant les empreintes laissées sur les murs par une accumulation de cadres qui enserraient tous les souvenirs de la vieille dame. Puis elle interprète elle-même le personnage d’Anna jeune en jumelant sa présence avec celle d’un modèle de trente ans son aînée.

Cette différence d’âge mesure la durée d’une solitude, d’une tranche de vie dont les deux actrices répètent les actions quotidiennes. Derrière la fenêtre, la jeune Anna jette un regard rêveur au dehors, tandis que l’autre, le visage tourmenté par l’interminable attente, tourne le sien vers l’intérieur. Elles posent l’une après l’autre allongées sur la méridienne dont Anna, qui était une artiste, se servait pour installer ses modèles ou pour se reposer. Elles fument une cigarette côte à côte, se fardent en même temps devant un miroir, se retrouvent vis-à-vis dans la baignoire et, dans chacune des scènes où elles apparaissent ensemble, il semble que le temps a figé les attitudes jusqu’à transformer cet espace de vie en un abri de répétitions.

Il n’est pas une image de cette série où le jeu d’acteurs des deux Anna apparaît forcé. Leur proximité dans les scènes du bain ou du maquillage, la ressemblance de leur pose quand elles s’allongent sur la méridienne ou celle de leurs gestes dans la scène du dénudement, leur prête un air de famille qui reflète les deux âges d’une même vie.

La série Anna est la mise en scène de ce qui aurait pu devenir une hantise pour la nouvelle occupante de cet appartement. Mais le portrait d’Anna, l’absente, exorcise toute possibilité d’envoûtement : il est fondé sur un enchainement de dédoublements : le personnage principal est incarné par un duo de figurantes et Dominique Wildermann, habitée par cette histoire, se dédouble à son tour dans une série étonnante qui devient son autofiction.

Robert PUJADE

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Manifestation associée :

à l’ Enssib  :
Nobody knows
 – Photographies de Dominique Wildermann

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http://dominique-wildermann.com

Marie BIENAIME & Sandrine LAROCHE – Le chemin effacé

du 4 décembre 2018 au 11 janvier 2019

Vernissage en présence des artistes mardi 4 décembre à 18h30 

Le chemin n’est ni le départ ni l’arrivée, il est l’entre-deux. Dans le temps ou l’espace il peut se suivre ou se quitter, on peut s’y arrêter, en voir la fin ou non. Il se parcourt, s’arpente, se choisit et se dévoile petit à petit, il se fait, se montre, se poursuit, se trouve ou se cherche. Il peut être modifié, parsemé d’obstacles, ou au contraire réserver de jolies surprises, nous étonner ou nous émerveiller…

… Les petites choses du quotidien, la valse du vent dans un champ, un arbre majestueusement chauve, la lumière entrant par la fenêtre, l’innocence de l’enfance, la beauté de la ville. C’est ce que vous propose “Le chemin effacé”, une déambulation mélancolique, un état d’esprit quelque peu introspectif, une flânerie contemplative et sensuelle. La technique cyanotypique utilisée ici ajoute encore un peu de nostalgie et d’atemporalité à cette série à quatre mains (et quatre yeux).Le monde enchanté, © Marie Bienaimé et Sandrine Laroche

Rhapsodies en Bleu

Quand le bleu envahit les ombres, la photographie n’est plus seulement une image, elle devient une surface d’imprégnation assez semblable à ces papiers bruts qui boivent plus d’encre que n’en réclame l’écriture. Les photographes qui pratiquent la cyanotypie le savent bien et font souvent déborder leurs épreuves au-delà des
limites carrées ou rectangulaires de leurs négatifs. Recourir à ce procédé, plutôt rare dans l’histoire, permet de libérer la photographie du rapport strict à la réalité qui est prétendument l’apanage du noir et blanc et de la couleur.

Sous un titre énigmatique, Le Chemin effacé, Sandrine Laroche et Marie Bienaimé exposent ensemble des extraits de leur univers photographique révisé par le cyanotype. L’atmosphère de nostalgie qui règne dans leurs images, avivée par l’impression bleue, justifierait à elle seule le rapprochement de leur regard. Mais au delà de cette tonalité chromatique, on perçoit bien vite chez l’une et l’autre photographe une intention narrative comparable qui est de parcourir le chemin qui conduit au pays de l’enfance. Tel est le chemin effacé, peu praticable mentalement – même dans le silence où se complaît l’introspection – qui trouve avec la photographie un espace manifeste.

Les oeuvres exposées nous montrent l’abord de ce parcours insolite selon les choix
photographiques propres à chaque auteure. Dans ces parcours, on découvre en premier lieu les bribes d’un monde ancien où plus personne n’habite comme la maison des grands-parents au mobilier vétuste
et au design oublié : un ciel de lampe dont l’étoffe florale est encerclée de franges, des têtes de lit capitonnées aux formes baroques ou tapissées de velours, une échelle de bois brut descendant au cellier, les craquelures d’un portrait d’ancêtre rapiécées dans une mandorle. Ces intérieurs aux murs tendus de courtines ou de tapisseries délavées sont les préambules illustrés d’histoires qui se passent à l’extérieur et qui nous invitent à voir ce qu’il était une fois….

La méthode des photographes change dès lors que se mettent en place les épisodes choisis de la vie enfantine. Marie Bienaimé procède par flashs de souvenirs. Elle saisit les enfants en situation : l’arrêt de l’image sur une petite fille sautant par-dessus les meubles d’une maison de poupée ou un grand écart en plein vol, dans une salle aux murs surdimensionnés, donne une tournure onirique à l’insouciance enfantine.
La place de l’enfant dans le monde qui l’entoure prend des proportions qui l’instaure comme maître d’un monde qu’il découvre : un plan rapproché sur la face ronde avec des yeux tout ronds du nourrisson attentif sur son lit de change, le plan plus large du gamin qui joue au bord de mer à tapoter l’eau pour contempler les cercles concentriques dont il est le centre.

Sandrine Laroche se tient à hauteur de vue des enfants, le plus souvent au sortir de l’ombre pour révéler un monde fantastique, disproportionné lui aussi ; vues en contreplongée, les tiges d’ombellifères sont à la fois graciles et magiques ; en contrejour, un arbre dangereusement penché symbolise à lui seul toute la parenté en menace d’écroulement ; à travers des fenêtres fermées une bicyclette et une trottinette
suspendues apparaissent comme des objets identifiés au monde de Peter Pan. Tout ce qui fait naturellement peur aux adultes, la nuit, les futaies obscures et touffues, les odieux présages qu’inspire la vue de la hulotte ou d’un grand-duc, participe d’une chaleureuse intimité enfouie comme des secrets de jeune fille au plus profond des songes.

Ces heureuses différences entre les deux photographes ne modifient rien à leur principe de cheminement photographique qui reste le même dans les deux cas : une discontinuité de détails, de paysages et de portraits qui composent une rhapsodie dont la trempe du bleu cyan assure une connexion mélodieuse. Sandrine Laroche et Marie Bienaimé réussissent à créer ensemble une archéologie de points de vue fascinés qui
défilent sous nos yeux comme une rêverie surgie des souvenirs.

Robert PUJADE

Marie Bienaimé https://www.mariebienaime.fr
Sandrine Larochehttp://sandrinelaroche.art.free.fr

Julien MINARD – Vanités

du 4 décembre 2018 au 11 janvier 2019

Ecole Nationale Supérieure des Sciences de l’Information et des Bibliothèques – enssib
17-21 bd du 11 novembre 1918 – 69100 Villeurbanne

Vernissage en présence de l’artiste mardi 4 décembre à 18h00

La série des Vanités est une errance photographique prenant pour sujet les animaux empaillés qu’un Maharajah indien collectionna jadis dans son palais aujourd’hui déserté, dans la petite ville de Bhuj.
Ce palais, le Prag Mahal, en partie détruit par un tremblement de terre en 2001, est constellé
de ces trophées de chasse que les années, l’humidité, les vents et les pigeons ont
transformés en étonnants fossiles.
Tout respire la fin d’un règne, d’une époque et de ses habitudes.
Ce qui un jour témoigna de la gloire et de l’opulence d’un souverain est désormais laissé en l’état, formant un petit musée privé, en proie à la lente et inévitable destruction. Les images proposent une méditation sur le temps qui passe, à la manière des vanités de la peinture européenne du XVIIe siècle. Ces tableaux de genre, extensions imagées de la pensée chrétienne dans l’art, rappelaient aux vivants la vanité de ce que l’on accumule au cours d’une vie : richesses, savoirs, honneurs et qui ne seront d’aucune aide spirituelle une fois accompli le grand passage – la mort.
Par des jeux de cadrages, de lumières, de profondeur de champ, la photographie révèle les signes de la déliquescence : écorchures, moisissures et délabrement des chairs que la taxidermie n’aura réussi à ralentir qu’un court moment. Ces images n’entretiennent pas un rapport documentaire à leur sujet mais évoquent plutôt un univers fantasmagorique
peuplé de créatures étranges, caractérisées par un paradoxe : si la taxidermie vise à donner l’illusion de la vie malgré la mort (redonner à l’animal son animation),
ce faux-semblant s’estompe au profit des marques du temps.

Julien Minard

Vanités de Julien MINARD

Prag Mahal… Malgré la magie des mots, c’est dans un palais délabré que nous fait pénétrer Julien MINARD.  À en suivre les couloirs, nous pourrions nous croire en Italie. Mais c’est de l’Inde dont il s’agit ; nous sommes à à Bhuj, petite ville du Gujarat, dans le nord-ouest du pays.
Jadis, il y a longtemps peut-être – au XIX° siècle en réalité – un maharajah y rassembla une collection d’animaux empaillés et de trophées. Comme aurait pu le faire, en Europe, un quelconque gentleman ou un riche propriétaire. Influence britannique, universalité du désir d’exposer les trophées de chasse et d’exhiber ainsi la fortune et la toute puissance du chasseur ?
Peu importe. Ce qui nous retient en ce palais, en ces clichés du moins, c’est le même sentiment, la même émotion que celle que l’on ressent devant ces tableaux de nature morte, qui nous présentent des scènes de chasse ou de cuisine, où l’essentiel n’est pas la fortune du chasseur ou le talent du cuisinier mais la réflexion sur la mort, à laquelle nous invite le peintre. Il y a comme une parenté entre ce singe accroupi que nous montre Julien MINARD et telle perdrix prise dans un collet ou tel lièvre suspendu au mur de la cuisine peints par CHARDIN. Ou cette lionne toute puissante encore de sa gueule entrouverte et éclairée par deux fenêtres en ogive dont les reflets sur la vitre de sa cage sont comme deux bougies déposées au côté de la morte.
Les uns et les autres ne sont rien d’autre que des vanités, comme on en trouve dans les villas pompéiennes, au revers des retables des églises médiévales et dans toute la peinture européenne depuis le XVI° siècle.  Toutes nous rappellent que la vie ne dure pas et que, face à l’instant de la mort, vaines sont les richesses matérielles accumulées. Et toutes nous invitent à nous en détacher de notre vivant ou à savoir en profiter (carpe diem nous disent celles des villas romaines).
Comme toute vanité, ces animaux et ces trophées sont là, en ce palais délabré, exposés en cet instant où le cours du temps semble à jamais suspendu, en cet instant où le talent du taxidermiste ou du peintre a su les saisir, pour qu’à jamais peut-être ils semblent encore vivants, malgré la mort. Et Julien MINARD sait en jouer, quand il confronte une tête d’hippopotame, caressée par ce qui doit être une tenture roulée dont on se demande bien comment elle peut ne pas retomber, et le gardien du palais à la pose hiératique et figée dans la même immobilité que celle de l’animal.
Mais tout aussi vaine aura été la prétention du taxidermiste à l’immortalité de son œuvre. Les peaux se délitent, la poussière est partout, certains des animaux semblent disparaître derrière le rideau des toiles d’araignée… Les marques du temps viennent redoubler l’effet de vanité et déréaliser, plus encore s’il est possible, cette improbable collection. Et nous sommes alors gagnés par l’inquiétante étrangeté de ce spectacle hors du temps et de toute inscription dans un lieu, mais qui nous semble malgré tout familier.
La même étrangeté que l’on ressent au sein d’un cabinet de curiosité, réunissant, de la façon la plus hétéroclite et la plus improbable qui soit, minéraux, coquillages, animaux empaillés, objets d’art et objets manufacturés… Le cabinet de curiosité rassemble tous ces objets, sans lieu et hors du temps, pour les classer dans des armoires, des tiroirs, selon des catégories totalisantes, les nommer aussi et donc les ranger dans des catalogues et des lexiques.  Désir de totalité, l’esprit de curiosité est volonté de réunir macrocosme et microcosme, de reconstruire par la collection, jamais achevée, l’unité du monde et ainsi de le recréer là sous la main, mais surtout sous le regard du collectionneur. Ce désir de recréation, c’est aussi la recherche de la merveille (mirabilia), c’est à dire de l’association des naturalia et artificialia, de la recherche de cette nature artificielle, que permet de générer la continuité entre le génie créateur de la nature et celui de l’artiste, jusqu’au mirobolant (c’est à dire au trop beau pour être vrai).
Il y a, me semble-t-il, de cela dans le Praj Mahal. Il y a, j’en suis sûr, de cela dans le splendide travail que nous propose Julien MINARD.

Lyon, le 24 février 2012
Régis BERNARD

Données techniques :
Tirages couleurs 100x100cm contrecollés sur dibond,
Tirages Noir et Blanc réalisés par l’auteur en utilisant le procédé du ziatype
(fin des années 1880 ; mis au point par Pizzighelli.
Source : Christopher James, The book of alternative photographic process)
à partir de négatifs imprimés.
Tonalités variables entre chaude et très chaude.
Format 20x20cm, 26x26cm et 31x31cmsur papier Arches Platine.
Prises de vues : été 2009, Bhuj, Inde

 

Julien Minard : http://julienminard.com/

Marie Bienaimé

” J’ai reçu mes premiers appareils photographiques jetables pour mes 8 ans. J’étais ainsi encouragée à photographier mes vacances et les évènements familiaux. J’ai eu une pratique photographique régulière mais assez dilettante jusqu’en 2003, année du décès de  mon père. Sa disparition fut un moment difficile. Lorsque mon frère retrouva dans les affaires de notre défunt un vieux reflex Canon acquis dans les années 60 au Japon, il me le donna, et une fois réparé, je me mis en quête de “réussir” mes photographies, en hommage à ce papa disparu trop vite. Ainsi, intuitivement, j’ai découvert la photographie et son sens plus profond. La photographie n’était plus juste une image, mais une sauvegarde du présent, l’alliance de plusieurs facteurs techniques et discursifs, m’amenant vers une recherche narrative.

De fil en aiguille l’acte photographique a occupé une place de plus en plus grande dans ma vie. En 2009 je me suis lancée entièrement, et ai décidé de lui consacrer mon quotidien. Depuis lors, je partage mon temps et mon énergie entre travaux de commande et recherches personnelles (et mes enfants). Ma sensibilité m’emmène vers des interrogations sur notre condition humaine, éphémère, la préservation du présent, les traces que nous laissons. Dans mon travail la prise de vue a la place prépondérante, je ne suis pas adepte des retouches, recadrages, ou prises de vues en rafales. Je me positionne toujours assez proche de mon sujet. Je cherche à rendre compte et raconter en toute simplicité.

J’ai découvert la technique du tirage cyanotypique avec Noël Podevigne fin 2016, et le fait de retourner au labo et pouvoir produire des tirages assez rapidement (le temps manque à mon quotidien), chercher à faire s’exprimer la papier, la matière, marque un virage dans mon cheminement. Le travail de labo est un grand bonheur, et je m’y consacre autant que possible.”

EXPOSITIONS

2018

  • « Le chemin effacé» galerie Domus, Lyon
  • « Durare Ubique In Perpetuum » Nemours, festival Phemina.
  • « Publication Intime » galerie Le Ruban Vert, Aix, Festival Phot’Aix
  • « La mélodie des Choses » galerie La Table d’Art, Lyon

2017     

  • « Durare Ubique in Perpetuum » aux Rencontres de la Photographie de Chabeuil
  • « Dénuement » galerie La Table d’Art, Lyon

2016     

  • « Ailleurs », galerie l’Abat-jour, Lyon

2015     

  • « Durare ubique in perpetuum », travail sur l’espoir et la maternité dans un monde en              ruines, Château de Verchaüs
  • « De l’Alpha à l’Omega », réflexion sur le début et la fin, La Galerue.

2014     

  • « Le ciel est, par-dessus le toit… », recherche à la Prison Saint Paul, Galerie Domus, Villeurbanne
  • « La balade de MrJ », reportage sur la force fragile d’un clown, Grand Temple de Lyon

2013     

  • « Traces », pour la Ville de Lyon et le bicentenaire du cimetière de Loyasse.

2012     

  • « Priluzje 07 », reportage dans une enclave Serbe du Kosovo
  • « La balade de MrJ », travail sur la force fragile, galerie l’Oeil écoute

 

et avant : « Tra là la », exposition collective sur les aléas de la vie, « Avant la pluie », portraits Burkina Faso argentique n&b, « Portraits de Peu », « La Minute », « Le bloc Opératoire »

 

PUBLICATIONS

  • « Marie Bienaimé, Sandrine Laroche », photographies de Marie Bienaimé et Sandrine Laroche, texte de Robert Pujade, catalogue de l’exposition « Le chemin effacé », collection 16 ½, Université Claude Bernard Lyon 1 (parution en décembre 2018)
  • « Marie Bienaimé », photographies de Marie Bienaimé, texte de Robert Pujade, catalogue de l’exposition « Le ciel est, par-dessus le toit… », collection 16 ½, Université Claude Bernard Lyon 1, 2014
  • « La balade de Mrj. » Editions Peuple Libre, 2014
  • « La fin du monde (ou pas) », autoédition en collaboration avec Jean Christophe Pagès, 2012

Sandrine LAROCHE

“Issue de parents musiciens, je pratique le piano depuis mes huit ans. J’ai eu mon premier appareil photo à dix ans, et ai tout de suite commencé à capter en images le monde qui m’entourait. Lorsque j’interprète une pièce ou compose, je ressens la même chose que lorsque je travaille sur un projet de photos : une sorte d’exaltation. Sous maintes formes, l’acte créatif s’impose à moi comme une évidence.
Je me suis longtemps passionnée pour les lieux abandonnés, vides, façonnés par le temps et l’oubli.
Cela m’a conduit (entre autres) au sanatorium “Beelitz-Heilstätten” en Allemagne, lieu incroyable, témoin de l’histoire, où fût soigné Hitler en 1916.
Mon approche de la photographie a évolué depuis quelques années et s’est d’abord présenté comme une réponse à certains événements clés de mon passé puis une façon de faire face à mes angoisses et questionnements du quotidien.
J’ai entamé il y a environ dix ans un vaste travail en noir et blanc, intime, forme d’autobiographie, qui m’a porté. Mon corps y est à la fois objet et sujet.
Mes photographies sont une tentative de montrer l’innommable, l’impossible, l’inexorable, l’inacceptable.

Parallèlement à la série Mirage, représentation dansée de moi-même (exposée à la Galerie Domus, et dont une photo a été publiée dans le livre de Robert Pujade, Fantastique et photographie, essai sur les limites de la représentation photographique), j’ai commencé le travail d’Anamorphose, qui m’a permis d’explorer l’autre dans sa dimension humaine, fragile.

Puis s’en est suivi un travail sur le conte et sa dimension psychologique, visions fugitives.

J’ai maintenant aussi envie d’explorer la vidéo, sous une forme plus expérimentale, qui entre en connexion avec un moi beaucoup plus intérieur et qui pose la question des limites de la représentation humaine au sein de l’œuvre d’art.

Aujourd’hui, je suis pianiste professionnelle et photographe autodidacte. Ces pratiques artistiques s’inscrivent dans un même processus de cheminement personnel.”

EXPOSITIONS

2018

  • À nous de voir, festival, 9 au 16 Novembre, MJC Oullins, France-
  • Beelitz-Heilstätten, 3 au 20 mars, Mairie du 2ème arrondissement de Lyon
  • Décrochage Visions fugitives, 25 janvier, Galerie Elizabeth Couturier, Lyon, France

2017

  • Visions fugitives, 1er au 30 décembre, Galerie Elizabeth Couturier, Lyon, France
  • Les inmontrables, 26 octobre au 18 novembre, Galerie le Lab, Marseille

2016

  • Summer Exhibition, Juillet -Août, Galerie Elizabeth Couturier, Lyon, France
  • Mirage, 7 juin au 28 Juillet, Galerie Domus, Villeurbanne, France
  • Visions fugitives, Février-Avril, site internet  le Bleu du ciel, rubrique jeune photographie

2015

  • Dolls, Visions fugitives, 27 au 30 novembre, vernissage jeudi 26 Novembre. Exposition dans le cadre de la foire européenne d’art contemporain ST-ART, stand de la Galerie Elizabeth Couturier aux côtés des photographes Antanas SUTKUS et Hélènes KATZ, Parc des expositions, Wacken, Strasbourg, France, http://www.st-art.fr
  • Dolls, 19 mars au 20 avril, vernissage jeudi 19 mars, Galerie Elizabeth Couturier, Lyon, France
    http://www.galerie-elizabethcouturier.com

2013

  • Beelitz-Heilstätten, octobre 2013, 7ici, Lyon

2012

  • Silences, 2 juillet au 27 août, exposition collective avec des peintres et sculpteurs, Galerie Exposition La forge, 49570 Montjean-sur-Loire

 

PUBLICATIONS

  • « Marie Bienaimé, Sandrine Laroche », photographies de Marie Bienaimé et Sandrine Laroche, texte de Robert Pujade, catalogue de l’exposition « Le chemin effacé », collection 16 ½, Université Claude Bernard Lyon 1 (parution en décembre 2018)
  • « Sandrine Laroche », photographies de Sandrine Laroche, texte de Robert Pujade, catalogue de l’exposition « Mirage », collection 16 ½, Université Claude Bernard Lyon 1, 2016
  • Envoûtement, série Mirages et Sculpture, série De profundis
    Deux photographies publiées dans l’ouvrage de Robert Pujade, « Fantastique et photographie : Essai sur les limites de la représentation photographique », Editions L’Harmattan, 2015

http://sandrinelaroche.art.free.fr/

Robert PUJADE – Photographies – Motifs et prétextes

du 25 septembre au 23 novembre 2018

Vernissage en présence de l’artiste mardi 25 septembre à 18h30 

 

Auteur de nombreux textes et ouvrages critiques sur la photographie, Robert Pujade propose sous le titre Photographies : Motifs et prétextes une exposition de ses réalisations personnelles relatives à différents genres photographiques. Destinées à accompagner sa recherche, ces images constituent les multiples expériences auxquelles se rattache son approche littéraire de la photographie. L’exposition ajoute à ces photographies des réflexions sous forme de commentaires : ils explorent, au fil des prises de vue, les relations étroites et complexes qui accordent, de façon parfois inattendue,
le désir de voir immédiat à la patience de l’acte d’écrire. 

” Sous ce titre je propose des images extraites pour la plupart d’un journal photographique que j’écris de façon plus ou moins régulière depuis quelques années. J’ai l’impression que je photographie beaucoup, presque quotidiennement, soit pour répondre à l’attirance fugitive du monde quand elle se présente à mes yeux, soit pour mettre en scène mon désir de voir face à un corps, un visage ou un lieu que je ne veux pas oublier.

“Je ne m’interroge pas sur le statut de cette pratique d’images, d’une part parce qu’il m’est indifférent de me dire que je suis photographe ou que je ne le suis pas, d’autre part parce que mes photographies ne sont assujetties à aucune règle propre aux genres photographiques auxquels leur sujet pourrait pourtant les ramener. Je fais mes prises de vue avec l’intention d’écrire, de façon plus déliée, ce que l’image prise n’a fait que balbutier.

“Cette manière d’opérer serait celle d’un dilettante si elle n’était pas assortie d’une méthode contraignante destinée à me repérer parmi les innombrables vues qui s’accumulent au fil des jours dans mes dossiers. Les classifications génériques ou thématiques sont pour moi inefficaces, car je ne reconnais pas mon intention de photographier dans des thèmes ou dans des genres. De même, la classification chronologique ne convient pas à mon projet d’écrire sur ces images qui esquissent des instants de vie volés au temps qui passe.

“Plus que de catégories, j’ai besoin de directions de recherche pour mon projet et, à cet égard, de titres qui m’enjoignent de revenir sur des émotions que j’ai éprouvées. Toutes les photos que je retiens ont un statut étrange : elles se présentent à ma vue comme des croquis d’images mentales, entre toutes latentes, parce qu’elles attendent, pour ainsi dire, que je m’intéresse à elles, que je me demande pourquoi je les ai prises. Aussi les titres que je donne à mes collections, quel que soit leur contenu, me mettent sur la voie du rapport complexe qui accorde le désir de voir immédiat de la prise de vue à la patience indispensable à l’acte d’écrire.

“J’ai pris le temps nécessaire pour pointer des récurrences, déterminer des intentionnalités de regard similaires dans des milliers de photos pour définir un ensemble de parcours qui forment un relevé de mes fascinations. A bien lire et revoir ces parcours, j’éprouve ce sentiment singulier de me reconnaître, mais aussi de faire connaissance avec moi-même. Je les considère donc comme l’expression d’un journal intime entièrement voué à ma dilection.

“L’exposition Motifs et prétextes montre les extraits de huit de ces parcours choisis parmi la cinquantaine qui le compose actuellement. “

Robert Pujade

_________________________________________________________________________________________Écritures

Dans le pays Hakka du Fujian en Chine, le rez-de-chaussée des Tulus (villages cylindriques) est réservé au culte des anciens. On y pénètre et on en sort en passant à côté d’un fenestron de briques qui dessine un labyrinthe. Selon les habitants de ces lieux, il s’agit d’un message de courtoisie écrit à l’intention des promeneurs. Ainsi crypté dans la géométrie d’un dédale, le message écrit n’est plus qu’un prétexte destiné à l’expression d’un vouloir dire plus énergique et plus imposant que le dire lui-même.
Rien ne me fascine plus que cette poétique susceptible de surgir ainsi de l’illisible. Dans les rues de tout pays, quand le temps et les intempéries, accélérant une dissolution du signifiant, attestent l’action d’un élan vers l’image, vers l’origine irrévélée des signes.

Des lieux pour écrire___________________________________________________________________________________

Je n’hésite pas à photographier mes lieux d’écriture pour retrouver plus tard ce que mes textes ne sauraient montrer, l’espace où ils sont nés et, dans cet espace, les émotions, les sentiments ou la détresse qu’ils accompagnèrent. Un matin de juin 2003, un grand chagrin me conduit au Café Lebowitz à Manhattan (NYC) où je m’installe, pour boire ce qu’il m’était le plus indifférent de boire, près d’une fenêtre ouverte sur Elizabeth St. Je note quelques idées sur mon carnet, commence à apprécier la tranquillité de ce site au croisement de rues encombrées. Je ne vois pas le temps passer. À midi, je commande un borchtch dont j’apprécie la saveur terreuse des betteraves, quand je n’avais plus goût à rien. Je me surprends à sourire en voyant circuler au milieu des stretch limousines, des camions et des scooters, un cycliste qui trimballe une grande partie de sa maison. La vie m’apparaît finalement très simple. J’ai écrit là les premières pages de mon livre Art et photographie.

À chaque photographie de ce parcours ne correspond pas une histoire, mais une partie de mon histoire, car plus que les ans, les textes sont la mesure de mon devenir, y compris ceux que je n’écrirai jamais, soit parce que la place inspiratrice était occupée par quelqu’un d’autre, ou vide mais sans que je puisse prendre le temps de m’y asseoir.

___________________________________________________________________________________________Seul le regard

 

Dans la presqu’île de Rügen, un homme est resté debout, torse nu, face à la mer Baltique, sans que rien ni personne ne vienne perturber sa stature. Peut-être y est-il encore. […]

 

Cet homme statufié, installé dans son seul désir de voir est pour moi une stèle dédiée à la pratique photographique où le regard est premier avant toutes choses à voir. Et cette pure compulsion du regard suffit à considérer la photographie comme une forme particulière de l’écriture automatique.

Aubes_____________________________________________________________________________________________________

 À l’aube, le corps aimé vibre d’une clarté douce et propice à la rêverie :
l’aventure, l’espoir, l’avenir sont à fleur de peau. Pendant ces moments crépusculaires, annonciateurs de lumière et de vie, j’ai réalisé la plupart de mes nombreuses photographies de nus. […]

Pour les nus pris en plein midi,
ils ne cessent de prolonger mon amitié avec Lucien Clergue

_________________________________________________________________________________________________ Postures

 

 

Anne, Perpignan, 2010
Cette photo prise certainement
pour écrire le mot « coïncidences »

 

Si les visages m’attirent, je ne me soumets pas volontiers à la technique encombrante du portrait en studio. Je préfère saisir des attitudes, volontaires ou non, remarquables par leur aspect peu naturel ou inhabituel. En fait, ce qui m’intéresse dans le regard que je porte sur autrui c’est une présence abruptement mystérieuse et sans contenance, au sens le plus ambigu de ce terme. […]


Minako

L’inconnue n’avait fait qu’une apparition fugace dans ma vie, dans un TGV qui me conduisait à Paris… Je recherchai dans mes souvenirs une ressemblance avec cette beauté…
Je suis resté longtemps sans regarder cette photographie, effrayé – je ne savais trop pourquoi – d’être confronté à une vérité que j’entrevoyais comme insupportable. Un soir cependant, j’ai osé et je n’ai plus aucun doute, c’est elle ! Elle que j’avais perdue de vue depuis 12 ans. Comment se fait-il que je l’aie oubliée ? Minako !…

Journal photographique, 2017 

 

Face à faces  ____________________________________________________________________________________________

Dans le parcours Face à Faces, j’ai l’habitude de colliger les photographies où je me retrouve face à moi-même, sans aucune intention d’autoportrait, celles où ma présence faiblement effacée compose un tout avec le décor alentour. La photographie de reflets y tient une grande part, car c’est une épreuve feuilletée où des plans dispersés dans la réalité se retrouvent fondus dans un cadre, créant parfois des rencontres accidentelles.
À Venise, devant la vitrine d’un restaurateur de tableaux, j’ai cadré une peinture représentant l’enfant Jésus instruisant les docteurs de la loi. Sa main droite est tendue vers le ciel, et la gauche, par un miracle imprévu, soutient le culot de ma pipe. L’un des docteurs pointe son index vers moi comme pour signaler une erreur de casting. […]

_________________________________________________________________________________ L’appel de la peinture


Saragosse, Musée Camon Aznar, 2013
À peine entré dans le hall du Musée Camon Aznar de Saragosse, la mise en scène de la photo du peintre Hermenegildo Anglada-Camarasa, posant tout près de la Sibille
qu’il avait peinte en 1903, m’a fait pressentir
que j’allais éprouver une révélation.l

 

De façon certaine, ce qui me pousse à interrompre le cours normal des choses pour déclencher l’obturateur de mon appareil photo, c’est l’appel du singulier et non pas sa recherche. […] Or, le plus souvent, la singularité se manifeste à mes yeux quand je perçois une similitude entre la réalité et la peinture, comme ce fut le cas à l’hôtel du Nord de Corte où la muse qui m’inspirait rejoignait dans ma mémoire certaine Vénus du Titien. […]
Les dégoulinures de peinture, les affiches lacérées renvoient elles aussi facilement à des représentations abstraites de l’art moderne pourvu qu’on en isole quelques traits essentiels.
Et cela dans tous les pays du monde.
L’appel déroutant et imprévisible de la peinture me donne le sentiment d’être partout chez moi.

Venise, 2015. Rencontre avec Van Eyck

[…] Ou inversement quand la peinture est interpelée par la rue, comme dans cette parodie de Van Eyck
dessinée à la 6, 4, 2 sur un mur de Venise
et légendée Arnolfini portrait. […]

 

 

 

 

En passant…  ___________________________________________________________________________________________

 Las Vegas, 2015

Quand je regarde mes photographies de voyage, je recherche en priorité celles que j’ai faites en passant, sans m’arrêter, pour sauver quelques impressions ressenties à la sauvette. Dans ce parcours, se dégage une prédilection pour des désordres esthétiques : cadrages tronqués, millefeuille des plans, posture basculée ou dégingandée de piétons. Ces vues, qui peuvent paraître indésirables, retentissent en moi comme des vibrations ou mieux encore, quand je les revois, comme des signes de vie.

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