Christian PONCET- Le songe des rives

du 8 juin au 20 juillet 2017

Vernissage le jeudi 8 juin 2017 à 18h30, en présence de l’artiste

 » Promeneur solaire, Christian Poncet fait entrer par un trou d’aiguille les bords des lacs, la lumière et les ombres, toute une géométrie sensible et de petits personnages vibrants.
Puis de la chambre « obscure », patiemment, il fait naître une flopée d’images que l’on contemple comme un songe d’éternité. « 

Marie Noëlle Taine

   

« D’un rivage à l’autre »

Ce matin, comme tant d’autres depuis deux ans, je prends ma voiture et suis la petite route sinueuse, à l’affût d’un bout de plage, ou d’un petit port qui jalonnent, çà et là, les cent soixante-dix kilomètres de rives du lac. Mes arrêts sont fréquents et un rien m’émerveille : ce vieux ponton délabré, une barque parfaitement immobile sur une eau sans ride, ou un plongeoir dressé au–‐dessus du lac. Parfois, un riche propriétaire m’ouvre sa porte et m’autorise à poser ma « boîte » sur son ponton « privé ».

Les sujets ne manquent pas mais je dois économiser mes vingt négatifs logés dans de lourds châssis en bois fragiles et usés. Pas question de mitrailler, la camera obscura exige du temps, de la lenteur en parfaite harmonie avec ce paysage tranquille et la langueur légendaire de cette région. Le trépied est maintenant calé sur les rochers et je m’applique à trouver la bonne inclinaison de la chambre –‐ sans viseur, l’opération est périlleuse et le cadrage hasardeux ! L’obturateur est maintenant ouvert et je vais devoir attendre, fébrile, pendant de longues minutes, en priant que rien ne vienne anéantir l’immobilité de la scène. Soudain, un cygne entre dans le champ et glisse doucement sur l’eau. Je ne lui en veux pas car je sais pertinemment que mon sténopé l’ignorera.

Sur le chemin du retour, je me remémore les vingt prises, partagé entre l’angoisse et l’impatience qui se dissiperont une fois seulement dans la pénombre de la chambre noire. Là, le processus de création va se poursuivre et les trois ou quatre images retenues seront « travaillées », « manipulées » jusqu’à ce je retrouve, couchées sur le papier, la sérénité de ce « moment décisif », l’empreinte du temps que seul le sténopé sait enregistrer et nous faire partager.

Demain, je repartirai et continuerai cette lente aventure.

Christian PONCET, Mars 2010